Histoires locales

Vous trouverez ici quelques renseignements sur les histoires locales, les événements marquants et les anecdotes qui ont façonné l’Armée Secrète dans notre territoire.

Catastrophe de Ghlin 1919 (cliquez-ici)

Il y a un peu plus d’un siècle, alors que l’Europe pansait lentement les plaies de la Première Guerre mondiale, un drame silencieux et méconnu vint frapper le petit village de Ghlin. Le 16 janvier 1919, deux mois seulement après l’armistice, onze enfants âgés de 8 à 12 ans perdirent la vie dans une explosion accidentelle. Leur histoire, à la fois poignante et emblématique, rappelle que les guerres ne s’arrêtent pas toujours avec la signature d’un traité.

Ce jour-là, dans le quartier du Busteau, une bande de copains jouait près de la voie ferrée Mons-Bruxelles. Les alentours étaient jonchés de débris abandonnés, vestiges des combats et du chaos de la retraite allemande. Parmi ces objets, une caisse fermée attira leur curiosité. Sans savoir qu’elle contenait des explosifs, probablement oubliés

après la destruction du pont ferroviaire par les Allemands en novembre 1918, les enfants entreprirent de l’ouvrir à coups de marteau et de burin. L’explosion fut instantanée, d’une violence inouïe. Neuf enfants moururent sur le coup, deux autres succombèrent à leurs blessures le lendemain. Les survivants, gravement blessés, furent transportés à l’hôpital, mais les images de ce jour restèrent à jamais gravées dans la mémoire collective.

Les témoignages de l’époque décrivent une scène d’horreur : des corps déchiquetés, des membres projetés à des dizaines de mètres, des lambeaux de vêtements éparpillés. Les secours, alertés par le bruit de l’explosion entendu jusqu’aux villages voisins, passèrent des heures à ramasser les restes des victimes. Les funérailles, organisées le 20 janvier, furent solennelles et déchirantes. Les familles, déjà éprouvées par quatre années de guerre, furent plongées dans un deuil insupportable. Les enfants, tous voisins, se connaissaient bien. Leur disparition bouleversa tout le village.

Pour soutenir les familles, une fête de bienfaisance fut organisée le 9 février, et un député local interpella même le gouvernement à la tribune du Parlement le 6 mars 1919, soulignant l’absurdité de ces morts survenues après la fin des combats. Un monument, sculpté par l’artiste local Juan Bury, fut érigé au cimetière de Ghlin. Il porte les noms des onze victimes et reste, encore aujourd’hui, un lieu de recueillement. Rénové en 2014 par la ville de Mons, il rappelle à chacun que la paix, même signée, peut laisser derrière elle des cicatrices invisibles.

Cent ans plus tard, cette tragédie nous rappelle que les conflits ne s’effacent pas avec la fin des hostilités. Les munitions abandonnées, les traumatismes et les drames collatéraux continuent de marquer les générations bien après les combats. Les passionnés d’histoires locales Michel Wautelet et Marie-France Debacker, qui ont consacré des ouvrages à l’histoire de Ghlin, ont contribué à perpétuer la mémoire de cet événement. Le livre, « Ghlin dans les guerres », revient sur cette tragédie et sur le lourd tribut payé par la commune pendant les deux conflits mondiaux.

Cette histoire, bien que douloureuse, est un témoignage poignant de la résilience des communautés face à l’adversité. Elle nous invite à ne jamais oublier que derrière les dates et les chiffres, il y a des vies, des familles, et des villages entiers qui portent à jamais les stigmates de l’Histoire.

La bataille du Long Coron – Ghlin 1944 (cliquez-ici)

La troupe criminelle, à qui se sont joints les hommes de la Kriegsmarine (marine de guerre allemande responsable de l’écluse sur le canal de Condé), poursuit sa route vers Ghlin, en remontant la rue Quewette et sans savoir que le village est occupé par les Américains de la Task Force Lovelady. Comme à la route de Baudour, à l’entrée de Ghlin, les parachutistes allemands sont confondus avec des GI’s. Trois civils sont occupés à désarmer des soldats allemands isolés. Les trois hommes sont immédiatement appréhendés et les parachutistes, comme à Jemappes,forcent les maisons et en sortent les hommes pour les regrouper. Ils sont onze à être alignés dans une prairie. Trois d’entre eux : Fernand Daully, Albert Louvrier et Oscar Lupant tentent le tout pour le tout et s’encourent. Ils sont fauchés en pleine course. Les rafales d’armes automatiques emportent leurs huit compagnons d’infortune : Marcel Dulière, François et Octave Leclercq, Jules Majois, Louis Marlier, Alphonse, Germain et Joseph Tartarin. Gustave Leclercq se relèvera, miraculeusement rescapé, une balle dans l’épaule. Les rafales d’armes automatiques ne manquent pas d’alarmer les résistants du village et le bivouac américain. Les hommes de l’Armée Secrète (AS) descendent vers le Long-Coron, à la rencontre des Allemands qui se retranchent dans les maisons, en défensive. Des tanks

Sherman arrivent en appui et tirent depuis la ligne vicinale Baudour-Mons. Le combat engagé, d’autres chars américains apparaissent dans le dos des défenseurs par la rue Quewette. Ce sont les chars de la Task Force Mills, déjà à Cuesmes plus tôt dans la matinée, qui remontent de Jemappes pour rejoindre Lovelady. Les parachutistes allemands sont pris à revers par une force trop importante pour eux. Et c’est heureux car la section de l’AS qui mène l’assaut ne fait pas le poids face aux mitrailleuses allemandes. Pris entre deux feux, les Allemands se dispersent aux alentours pour tenter d’échapper à l’encerclement. Le poste de commandement de l’AS, installé dans une maison au croisement des rues de la Drève et des Prés sauvages, est isolé une partie de l’après-midi car il est environné de parachutistes traqués. L’AS nettoie les environs du Long-Coron et de la rue Quewette. Les Américains entre le Long-Coron et le château Milfort.Près de 300 hommes sont capturés, 20 sont blessés et 44 cadavres sont relevés. Vingt-six Ghlinois perdent la vie.